Qu’est-ce qui se passe quand tu parles une langue étrangère.

Résultat de recherche d'images pour "every language is a new life"

On apprend tous une langue étrangère – l’anglais, l’espagnol, l’allemand etc… . Beaucoup plus souvent nous les utilisons seulement pendant nos voyages ou au travail. Par contre habiter dans un pays étranger et de devoir parler une langue autre que notre langue maternelle tous les jours, est une chose totalement différente et plus difficile. Je parle français depuis mon lycée. Depuis au moins 7 ans j’habite en France et donc je parle français depuis 13-14 ans. J’adore cette langue, c’est ma passion.

Je voudrais parler un peu des petites difficultés, des différences et des avantages qu’un étranger peut rencontrer en parlant une langue étrangère. Je vais présenter mon exemple, mais je pense que ça s’applique à toutes les langues. Il me semble que quelques faits peuvent être intéressants pour des personnes qui parlent déjà une langue étrangère ou qui voudraient peut être vivre à l’étranger.

Un peu de théorie

Tout d’abord une évidence, afin de bien parler une langue étranger et pour pouvoir vraiment comprendre les nuances, il faut absolument vivre dans le pays d’origine de la langue que nous voudrions parler. Au début on maîtrise la grammaire et nous pouvons mener des discussions sur plusieurs sujets. Mais la langue ce n’est pas seulement des paroles et la grammaire mais aussi la façon de penser. Il y a plusieurs chercheurs de la linguistique et ethnolinguistique, qui ont déjà prouvé, il y a des années que la langue est la façon de décrire le monde et elle influence la façon de voir les choses et de penser. Cela veut dire que la personne qui parle français a une autre perception du monde que la personne qui parle l’anglais, l’arabe, le chinois etc. Il faut aussi savoir que si un mot n’existe pas dans la langue parlée, la personne qui l’utilise sera incapable de la voir. Je m’explique. Il y a des langues des peuples Indien en Amérique du Sud dans lesquelles le mot « avion » n’existe pas. Ils ont seulement le mot pour dire « un objet qui vole ». Et croyez moi ou pas mais ces peuples ne feront pas la différence entre un avion et un oiseau. Car comme le concept de l’avion n’existe pas dans leurs langues (et donc non plus dans leurs esprits) il ne peuvent pas le voir. Par contre ils ont 40 noms pour l’arbre (comme les Esquimaux ont plusieurs noms pour la couleur blanche). Pour nous l’arbre est un arbre, et le blanc est le blanc mais comme dans notre entourage nous n’avons pas eu besoin de créer autant de nom pour ces « objets », nous n’y feront aucune différence, alors que pour eux cela va paraître évident. C’est pareil avec p. ex. les cellulites. Toutes vos grandes mères ont du surement vous dire qu’avant cela n’existait pas. Et bah si. Sauf que comme il n’avait pas de nom, il ne pouvait pas exister.

J’apprenais cette théorie pendant mes études et je n’y croyais pas vraiment, mais maintenant je peux vous dire qu’au bout de quelques années en France et quand je parle beaucoup mieux le français qu’avant je comprends beaucoup mieux les Français qu’au tout début. Certains comportements, les réactions qui me paraissaient bizarres, maintenant me semblent très logiques sans que je puisse l’expliquer pourquoi. Bref c’était la théorie. Si vous voulez en savoir plus je vous conseille de lire un peu plus sur l’hypothèse de Sapir-Whorf. C’est vraiment intéressant !

Alors qu’est-ce qui change dans notre vie quand on parle une langue étrangère tous les jours ?

Il y a des petits proverbes ou des dictant que nous ne pouvons plus utiliser car nous ne pouvons pas les traduire.

Les proverbes et les dictant changent en fonction du pays. Ils sont liés à notre culture et notre langue. C’est pourquoi souvent nous avons envie d’utiliser un dictant de notre enfance qui est tellement adéquat à la situation, mais … nous ne pouvons pas car personne ne va le comprendre même si on le traduit mot par mot… C’est très frustrant !

On oublie notre propre langue maternelle

Ehh oui. Avant je n’y croyais pas et quand les stars polonaises qui vivaient aux Etats Unies interviewés en Pologne disaient « How we say that in polish ?», je me disais qu’il le faisaient exprès pour souligner le fait qu’ils vivent « in América ». Mais moi même au bout de 7 ans en France j’oublie souvent des mots polonais quand je veux raconter quelques chose, au lieu d’utiliser la syntaxe polonaise je me sers de la syntaxe française (ce qui fait des phrases très bizarres en polonais), je fais des fautes là où avant je l’aurais jamais faite et il y a même des mots que je ne connais qu’en français et je ne connais pas la traduction polonaise ! En plus je parle polonais avec un accent français et le français avec un accent polonais…

En ce qui concerne la compréhension je n’ai aucun souci car je lis toujours en polonais et quand je peux, je parle polonais. Mais si je ne le faisais pas, j’aurais pu oublier ma langue maternelle ou la parler très mal! Donc oui, c’est possible.

Il y a des mots qui ne peuvent pas être traduits en français et ça manque. Pareil pour les blagues. Il y en a qui sont intraduisibles. Frustrant. Il y a des mots qui n’existent que dans une langue et pas dans l’autre et des fois ils décrivent le mieux et le plus précisément la situation ou le sentiment, mais comme ils sont intraduisibles on a beau essayer de les utiliser… C’est comme p.ex « weltschmertz » en allemand (la douleur d’existence), « komorebi » en japonais (la lumière qui se pose entre les arbres), « pochemuchka » en russe (une personne qui pose trop de questions) ou « rire dans sa barbe » en français. C’est vraiment vraiment frustrant de ne pas pouvoir utiliser ce mot parfait pour la situation.

Ta langue maternelle te manque, mais quand tu es chez toi c’est ta langue étrangère qui te manque.

Quand j’arrive en Pologne, pendant les premiers jours je suis « choqué » que tout le monde dans le bus parle ma langue maternelle. Quand j’entends le polonais en France cela fait toujours plaisir et je souris sous le nez, mais c’est rare. Mais en Pologne tout le monde le parle et c’est drôlement étonnant au début.

Des gros mots sont plus faciles à dire dans une langue étrangère et ont moins d’impact sur nous. Je ne sais pas pourquoi, mais quand je veux vraiment dire un gros mot et pour que cela me fasse quelque chose c’est seulement en polonais. En français ou en anglais on dirait qu’ils n’ont pas assez de force pour moi ou que je les attache pas forcement au quelque chose d’assez vulgaire. Étrange mais vrai.

Je compte toujours en polonais. Même si je parle français parfaitement, quand je dois compter p. ex le nombre d’enfant dans la salle, dans ma tête je ne vais pas me dire « un, deux trois, quatre …» mais « jeden, dwa, trzy, cztery… ». C’est automatique, plus facile et plus rassurant. Dès fois même quand je compte en français, je vais recompter derrière en polonais pour être sure du résultat. Un jour j’ai lu que c’est normal et que tout le monde le fait. Bon c’est rassurant.

En parlant plusieurs langues on a un sens d’humour élargi.

On peut rigoler dans deux (trois, quatre) langues, deux cultures et on a deux fois plus du matériel afin de faire ou dire quelque chose de rigolo. Il paraît que les personnes qui parlent plusieurs langues ont aussi la tendance de remarquer plus de choses (ouverture d’esprit) que des personnes qui ne parle qu’une langue.

Je rêve en français

Oui c’est vrai qu’un bout d’un moment on rêve dans la langue du pays. Ça fait bizarre au début mais après on s’y habitue. Je me souviens que j’étais trop fière de moi quand cela m’est arrivé pour la première fois. Je me suis dit: Ça y est, je parle français!

Quand tu parles dans une langue étrangère, tu réfléchis dans cette langue.

On me pose souvent cette question. Donc je tiens à souligner qu’il serait impossible de faire la traduction constante des phrases du polonais en français. Chaque langue a une autre logique et une autre syntaxe, donc je suis obligé de penser en français sinon ça aurait été trop compliqué. En fait les paroles vont tous seuls. J’ai une pensé et de suite ça sort en français. Même à moi-même je me parle en français. (Oui je parle toute seule, je l’assume :D)

Bien sûr qu’au début on traduit les phrases dans nos têtes. D’ailleurs c’est pourquoi quand on arrive dans un pays étranger, on est épuisé à la fin de la journée, car notre cerveau faisait l’interpretè pendant 15 heures! Je me souviens très bien que pendant mon premier mois à Paris, je finissais mes journées avec une énorme migraine, tellement j’épuisais mes neurones. Le soir je ne pouvais parler ni polonais ni français tellement j’étais fatiguée. Je mélangeais tout. C’était vraiment dur! Mais après on s’habitue, ça passe, car on arrête de traduire et on commence à parler.

En tout cas apprendre les langes étrangèrs est une belle aventure et une richesse. Un proverbe tchèque dit que chaque nouvelle langue est une nouvelle vie. Vivons plusieurs vies alors!

Publicités
Cet article a été publié dans Non classé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s